22.04.2008

For I may never see you again

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Paul « Danny » Federici est mort ce jeudi 17 avril. Federici était l'un des musiciens du mythique E-Street Band, le groupe qui accompagne Bruce Springsteen depuis tant d'années. Il faisait partie de la légende et les deux hommes étaient amis d'enfance. "Danny et moi collaborions depuis 40 ans, il était le joueur de clavier le plus coulant que je connaissais et un musicien naturel. Je l'ai beaucoup aimé... Nous avons grandi ensemble" a écrit Bruce Springsteen sur son site. Danny Federici, « Phantom Dan » comme le surnommait Springsteen en raison de sa discrétion, était derrière les claviers, mais c'est également lui qui jouait de l'accordéon et de pas mal d'autres choses aussi.

Dans le E-Street Band, il y a ceux qui donnent de la puissance, ceux qui donnent de la rigueur et Fédérici qui donnait, je ne me fait pas à cet imparfait, une touche de romantisme, un supplément de chaleur humaine à une musique inoubliable. Federici, c'était les passages d'accordéon de 4th Of July, Asbury Park (Sandy), le solo d'orgue qui donne le frisson dansHungry Heart, l'orgue encore sur Born to runet des dizaines d'autres titres. Il était un membre historique, avait participé aux premières expériences de Springsteen à la fin des années 60 avec les groupes Child puis Steel Mill, Dr. Zoom and the Sonic Boom et The Bruce Springsteen Band. Autant d'essais qui préparaient la voie royale du « meilleur groupe de rock du monde ». Le E-Street Band perd un pilier et un ami. Je suis triste ce soir parce que j'espère bien être du concert du 27 juin, mais j'espérais voir, une fois de plus, le groupe au complet. Ce ne sera plus jamais le cas.

Promis, après Césaire, Desproges, Widmark et Heston, j'essaye de faire une note sur quelqu'un de bien vivant la prochaine fois.

Photographie : Rolling Stone

05.02.2007

Nous soutenons Charlie Hebdo...

« Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnait » (Michel Audiard)

Procès des caricatures
"Nous soutenons Charlie Hebdo et le droit de critiquer toutes les religions

Le procès qui s’ouvre au Tribunal de grande instance de Paris du 7 au 8 février 2007 est d’une extrême importance. Charlie Hebdo est poursuivi pour avoir republié les douze dessins danois du Jyllands-Posten sur Mahomet.
Dans un contexte où des intégristes menaçaient de mort quiconque osait soutenir les journaux et pays pris pour cibles, ce journal a choisi de rester fidèle à sa tradition de liberté de ton et d’expression envers toutes les religions et tous leurs symboles : le pape comme Mahomet.
Il l’a fait en mettant ces douze dessins à disposition du grand public, afin qu’il se fasse une opinion par lui-même.
Pour ne pas céder aux injonctions intégristes.
Par solidarité avec Jacques Lefranc, rédacteur en chef de France-Soir, qui venait d’être licencié pour avoir eu ce courage.
Parce que si tous les journaux d’Europe avaient fait de même, l’intimidation des extrémistes aurait échoué.
Parce que si tous les journaux d’Europe s’étaient pliés à cette injonction, leur silence aurait signé la victoire des extrémistes.
Malgré ce climat, des organisations musulmanes traditionnelles (la Mosquée de Paris), intégristes (l’UOIF) et même l’un des bailleurs de fonds de l’islam extrémiste wahhabite en provenance d’Arabie Saoudite (la Ligue islamique) ont choisi d’ajouter à l’intimidation une menace judiciaire en intentant à Charlie Hebdo, au titre des lois antiracistes, un procès pour « injures publiques à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion ».

Deux dessins sont visés : celui montrant Mahomet avec une bombe dans son turban, mais aussi celui où Mahomet freine un groupe de kamikazes par cette annonce : « Stop, on n’a plus de vierges en stock. » La couverture du numéro, où Cabu représente un Mahomet « débordé par les intégristes » et qui les désavoue (« C’est dur d’être aimé par des cons ») est également poursuivie pour « injures », alors qu’elle visait justement à montrer un Mahomet se désolidarisant des extrémistes.
C’est dire la confusion entretenue par cette plainte contre un journal qui combat depuis toujours à la fois le racisme et l’intégrisme. Nous refusons cet amalgame, facilité par l’utilisation abusive du mot « islamophobie », consistant à confondre la critique légitime de l’extrémisme islamiste et du terrorisme instrumentalisant les symboles de l’islam avec du racisme à l’encontre des individus de religion musulmane.

Certains nous disent aujourd’hui que le contexte géopolitique devrait inciter à la prudence, voire au silence. C’est tout le contraire. La liberté d’expression et la laïcité ont besoin d’être réaffirmées comme rarement. Ceux qui résistent à l’intégrisme n’ont que la plume et le crayon pour faire face aux menaces. Des démocrates du monde entier, notamment musulmans, espèrent trouver en Europe, et tout particulièrement en France, un havre laïque où leur parole n’est entravée ni par la dictature ni par l’intégrisme.
Si Charlie Hebdo venait à être condamné, si l’autocensure généralisée devait faire jurisprudence, nous perdrions tous cet espace commun de résistance et de liberté.
Pour ces raisons, nous soutenons Charlie Hebdo et le droit de continuer à critiquer toutes les religions sans exception."

Envoyer vos signatures (nom, prénom, présentation) à soutien@charliehebdo.fr
Pour suivre l’évolution du comité de soutien :
www.prochoix.org

24.01.2007

Jaurès opposable

Quand François Mitterrand est mort, je crois l'avoir déjà raconté quelque part, j'étais tombé sur une émission de radio qui passait ses chanson préférées. Parmi celles-ci, il y avait l'une des plus belles du dernier album écrit par Jacques Brel : Les Marquises.

Demandez vous belle jeunesse

Le temps de l'ombre d'un souvenir

Le temps du souffle d'un soupir

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

 

Il semble qu'il n'y ait pas que la belle jeunesse qui doivent se poser la question, mais également un ministre-candidat pas gêné de le citer devant ceux qui auraient sans doute applaudit à son assassinat en 1914. Cela m'a énervé un peu sur le moment et puis il y eu aujourd'hui, dans le Canard Enchaîné un très beau texte de l'excellent Jean-Luc Porquet qui propose un « Jaurès opposable ». Il nous rappelle entre autres que « [Jaurès] disait aussi : « tout progrès vient d e la pensée et il faut donner aux travailleurs le temps et la force de penser » Il n'était pas du genre à ricaner sur les 35 heures. Jaurès opposable ». Pourvu que le ministre-candidat n'ai pas l'idée de citer Brel. Entre Sardou et Halliday, j'en aurais de la contrariété. Et si c'était le cas, je lancerais illico le Brel opposable.

02.01.2007

Bonne résolution

La paresse n’a pas toujours bonne réputation. Longtemps péché capital pour les uns, crime contre la société du travail pour les autres, elle demeure encore aujourd’hui une notion suspecte. On la réduit souvent à un état de molle indifférence, voué à la veulerie et à l’accablement. On se trompe. La paresse peut être joyeuse, contemplative, contestataire. Elle bouscule la logique économique et le temps réglé des loisirs. Par l’inaction et le vide, elle favorise la reconquête de soi. Elle est à la fois un acte de résistance et la voie de la sagesse.

Jean-Louis Hue

10.12.2006

Champagne !

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22.10.2006

Quelques paroles bien senties

J'ai ceci dans mes cartons numériques depuis un moment. C'est une voix et une parole qui me manquent toujours.
 

20.10.2006

Réflexions en prenant mon train

Cela a commencé par l’article de Jean-Luc Porquet du Canard Enchaîné, il y a quelques semaines, autour de la crise que traverse Libération et la prolifération des journaux gratuits. Tous les matins, en prenant mon train, je vois les voyageurs sollicités de façon insistante par les jeunes filles qui distribuent M…o. Cela m’agace de plus en plus. Porquet écrit que les gratuits sont en train de tuer la presse, que Libération, très menacé, est un journal énervant parfois mais que c’est justement pour cela qu’il est précieux. Les gratuits, eux, ne sont pas énervants, où plutôt pas de cette façon. Je me disais  qu’avec ce concept, « on » (je ne sais pas trop qui est derrière ce « on ») arrivait à nous faire lire les prospectus publicitaires que la plupart des gens jettent quand ils les reçoivent dans leur boîte aux lettres. « On »  a juste changé de support et enveloppé le tout d’une poignée d’informations insipides.

 

J’avais rapproché cette idée de la nouvelle que Universal allait ouvrir un service de téléchargement gratuit. Oui, comme les réseaux p2p qu’ils combattaient (et continuent de combattre). Le truc, c’est bien sûr qu’il y aura de la publicité dans les chansons. C’est le même principe qui considère n’importe quoi comme un support pour faire de l’argent avec de la publicité. Très fort. Je repensais à ceux qui avaient combattu l’idée de la licence globale au nom de la défense des droits des artistes. Tartuffes ou idiots, au choix. La fameuse licence aurait généré des revenus pour les auteurs d’une façon ou d’une autre. Le système d’Universal, et de ceux à venir, génère des revenus publicitaires pour les actionnaires d’Universal. La musique ne vaut pas plus ici que les infomations qui enrobent les journaux gratuits. Le consommateur aura donc acheté un support publicitaire et le musicien aura des queues de cerise. Les baisés comptez vous.

 

Ensuite, il y eu cette nouvelle : « La journaliste russe Anna Politkovskaïa, célèbre jusqu’en Occident pour sa couverture très critique de la guerre en Tchétchénie, a été tuée par balles à Moscou. Elle était l’une des rares journalistes à couvrir ce conflit oublié ». Je me suis dit que c’était finalement cela que l’on payait quand on achetait son journal : le travail d’un homme ou d’une femme, son engagement dans son métier, sa prise de risque, comme pour Florence Aubenas en Irak, comme pour Jean Hatzfeld au Rwanda et tous les autres. Le Monde a publié un article glaçant d’Anna Politkovskaïa qui donne la mesure de la haute idée qu’elle se faisait de son métier. Je n’imagine pas une seconde qu’une personne partageant cette haute idée puisse travailler pour un gratuit. Alors il faut se forcer et remercier gentiment mais fermement les jeunes filles qui distribuent M…o le matin.

19.07.2006

Anniversaire

Les hommes ne meurent que pour ce qui n'existe pas

André Malraux

L'espoir

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01.04.2006

Peuple et gouvernement

Je viens de commencer un gros pavé historique : L'Histoire des Gauches en France (éditions La Découverte). Je ne suis pas encore assez avancé pour vous en parler vraiment, mais je suis tombé sur cette citation de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1793 qui m'a semblé entrer en résonance avec ce qui se passe aujourd'hui :

Article 14. Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

Article 19. Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l’autorité de ceux qui gouvernent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse.

 

Ca laisse rêveur.

02.02.2006

Les grenouilles, au bénitier !

Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.

 


Voltaire, Dictionnaire Philosophique


J'ai immédiatement pensé à ce texte en apprenant les développements ahurissants de l'affaire des douze caricatures représentant Mahomet parues dans un journal danois il y a trois mois puis reprises en janvier par un quotidien norvégien (puis par France Soir histoire d'essayer de se renflouer, bravo l'alibi).


Rester tête couverte, dessiner la barbe du prophète, même acte impie, même blasphème qui ne saurait que se laver dans le sang et la souffrance de l'infidèle. Même bêtise à front mitré ou enturbanné. Même religion piège à con, opium du peuple, alibi de toutes les intolérances. On voit le piège dans lequel certains sont déjà tombé : relativiser en invoquant la provocation, un supposé racisme, une manipulation. Mes fesses dis-je. On ne peut PAS transiger avec des valeurs fondamentales.


"J'en ai marre de l'érosion de la liberté d'expression qui se produit en catimini", a expliqué le rédacteur en chef du magazine norvégien. "Avec le meurtre de Theo van Gogh (le cinéaste néerlandais assassiné en 2004), on a vu qu'il ne s'agissait pas de menaces vides. On sait que la liberté d'expression dans notre région du monde est menacée par une religion qui n'est pas étrangère au recours à la violence", a-t-il ajouté. Interrogé sur ses craintes de représailles, le journaliste a estimé que l'"on est sur la mauvaise voie si on cède à la peur dans ce domaine".

 


Juste, Auguste.

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