10.05.2008

Ballade de merci

L'un des plus fameux poèmes de François Villon, tiré du Testament écrit en 1461. Je crois me souvenir qu'il est dans le Lagarde et Michard, et que l'on a cherché à me l'apprendre en un temps où je n'étais pas foutrement moyenageux. Brassens et Pasolini étant passés par là, j'y suis plus sensible et me régale désormais de cette langue si colorée et de cet humour pré-rabelaisien.

A Chartreux et à Célestins,
A Mendiants et à Dévotes,
A musards et claquepatins,
A servants et filles mignottes
Portants surcots et justes cottes,
A cuidereaux d'amour transis,
Chaussant sans méhaing fauves bottes,
Je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,
Pour avoir plus largement hôtes,
A ribleurs, mouveurs de hutins
A bateleurs trayant marmottes,
A fous, folles, à sots, à sottes,
Qui s'en vont sifflant six à six
A vessies et mariottes,
Je crie à toutes gens mercis,

Sinon aux traîtres chiens mâtins
Qui m'ont fait ronger dures crôtes,
Mâcher maints soirs et maints matins,
Qu'ores je ne crains trois crottes.
Je fisse pour eux pets et rottes ;
Je ne puis, car je suis assis.
Au fort, pour éviter riottes,
Je crie à toutes gens mercis.

Qu'on leur froisse les quinze côtes
De gros maillets forts et massis,
De plombées et tels pelotes.
Je crie à toutes gens mercis.

François Villon – Le testament

Source : Poésie française

04.05.2008

Le journal de Manchette

Finalement je n'ai toujours pas écrit une ligne sur les livres de Jean-Patrick Manchette. Pourtant, aiguillonné par les nombreuses citations du bon Dr Orlof, je n'ai eu de cesse de me procurer, puis de dévorer, ses chroniques cinéphiliques Les yeux de la momie. Dans la foulée, je me suis offert il y a deux ans l'intégrale de ses romans noirs et j'ai presque terminé l'épais volume. Cette intégrale donnait quelques extraits de son journal tenu à partir de de 1966 et qui vient d'être édité chez Gallimard par son fils Doug Headline (de son vrai patronyme Tristan Jean Manchette). Ca sera peut être l'occasion. En attendant, je vous conseille deux textes enthousiastes de Frédéric Tarpon et Edouard Waintrop.

29.04.2008

Camarades, encore un effort (air connu)

Puisque d'acharnés fanatiques s'obstinent à vouloir nous faire travailler plus en s'en prenant cette fois aux conditions de départ à la retraite, il est bon de revenir aux fondamentaux. Il est bon de rappeler que le sens de l'histoire est dans l'émancipation de l'homme et sa recherche libre du bonheur. En conséquence, toute discussion qui ne porte pas sur une réduction drastique du temps de travail est inutile et contre-productive. Ainsi les tripatouillages sur les 35 heures ne servent à rien, il faut rechercher les conditions des 32 en pensant aux 28. Pour commencer. Histoire de se rafraîchir la mémoire, je vous propose de revenir à ce texte fondateur et rien moins que démodé, disponible en Wiki Source : Le Droit à la paresse du sieur Lafargue, Paul, écrit en 1880 et dont voici l'introduction :

Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite les misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion furibonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d'être chrétien, économe et moral, j'en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu ; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre-penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste.

19.04.2008

L'endive (hommage)

Je n'aime pas les endives. Je ne suis pas le seul, mais je me suis toujours sentit isolé dans ma détestation. Quand j'ai découvert le texte de Pierre Desproges dans le Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis, j'ai trouvé en lui un frère. Il m'a vengé. Merci.


"n.f. Sorte de chicorée domestique que l'on élève à l'ombre pour la forcer à blanchir.

La caractéristique de l'endive est sa fadeur : l'endive est fade jusqu'à l'exubérance.

Sa forme, que l'on peut qualifier de n'importe quoi, genre machin, est fade.

Sa couleur, tirant sur rien, avec des reflets indescriptibles à force d'inexistence, est fade.

Son odeur, rappelant à l'amnésique qu'il a tout oublié, est fade.

Son goût, enfin, puisque, dit-on, de nombreux pénitents mystiques préfèrent en manger plutôt que crapahuter sur les genoux jusqu'à Saint-Jaques-de-Compostelle, atteint dans la fadeur gastronomique des sommets que le rock mondial frôle à peine dans la pauvreté créatrice.

L'endive, en tant que vivante apologie herbacée de la fadeur, est l'ennemie de l'homme qu'elle maintient au rang du quelconque, avec des frénésies mitigées, des rêves éteints sitôt rêvés, et même des pinces à vélo. L'homme qui s'adonne à l'endive est aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n'est pas dans ses yeux, il n'a pas de colère et sourit au guichet des ASSEDIC. Il lit Télé 7 jours. Il aime tendrement la banalité. Aux beaux jours, il vote, légèrement persuadé que cela sert à quelque chose."

31.03.2008

Vous reprendrez bien un peu de madeleine ?

Rédacteur en chef du Canard Enchaîné, ce qui m'inspire le plus profond respect, Érik Emptaz est aussi romancier. Avec 1981 (éditions Grasset), il revient sur cette période qui suivit immédiatement la victoire de François Mitterrand le 10 mai, portant dans la foulée la gauche au pouvoir. Il évoque avec tendresse, humour et lucidité ce temps déjà lointain qui fit chanter à Barbara :

 

Regarde :
Quelque chose a changé.
L'air semble plus léger.
C'est indéfinissable.

Regarde :
Sous ce ciel déchiré,
Tout s'est ensoleillé.
C'est indéfinissable.

 

Vingt cinq ans plus tard, Érik Emptaz n'est certes pas dans la nostalgie gnangnan, mais il n'oublie pas ce que cela a représenté. Son roman est d'abord une histoire d'amour entre Louis, fils de banquier traumatisé par l'arrivée des socialo-communistes et apprenti scénariste, et la ravissante Élise aux escarpins en lézard vert dont le talon lâche en pleine cérémonie du Panthéon. Élise travaille pour la communication de la présidence, oui avec Seguéla, l'homme de la force tranquille. 1981commence par le Panthéon et se termine en plein été, juste après la garden party élyséenne du 14 juillet. Il fonctionne à la madeleine, accumulant les détails qui nous font remonter le temps : la sortie des Aventuriers de l'arche perdue de Spielberg, les chansons de Depeche Mode, La femme fardée de Françoise Sagan, la publicité, toujours plus présente, les marques comme dans les romans de Manchette. On se souvient, on s'attendrit.

Pourtant, une certaine gravité circule tout au long du roman, Érik Emptaz se mettant dès le premier chapitre sous le signe de la perte. Des nombreux personnages réels mis en scène, et pour les portraits desquels on reconnaît la veine satirique du journaliste (ah ! Les allusions à Ségolène Royal et la première montée à Solutré), c'est Dalida qui est mise en avant. Dalida dont le destin que l'on sait tragique donne cette première impression de tristesse diffuse. Fin d'une époque, sur un mode plus comique, avec le personnage de Georges Perruchot, aide-bourreau mis au chômage par Robert Badinter. Début d'une époque, aussi, avec Paul l'ancien amant d'Élise, atteint d'un mal étrange dont le nom n'est pas encore connu et qui s'attaque aux défenses immunitaires. Un mal que l'on traque encore dans la communauté homosexuelle. Un mal qui terrasse Paul, mort sans savoir de quoi, et qui laisse planer un sentiment de menace sur la romance des nouveaux amoureux, Louis et Élise. Ces histoire parallèles sont bien sûr une façon d'annoncer les désillusions à venir du pouvoir socialiste.

 

Le bonheur incrédule et maladroit de cette gauche qui n'en revient toujours pas de l'avoir emporté. Et pour qui soudain tout semble possible, même la confiance en l'avenir. Ils sont dans les promesses du début d'une histoire. Dans ces moments de grâce que l'on vit d'autant plus intensément qu'on les sait éphémères.

Mais c'est l'espoir qui nous tient qui l'emporte, les promesses politiques de ceux qui voulaient changer la vie, ce sont d'abord celles de Louis et Élise qui changent la leur et s'aiment comme des adolescents fébriles dans le jardin du musée Rodin. Derrière la porte de l'enfer.

Le livre

Chronique par Alain Amedro

Chronique par Véronique Barday

07.03.2008

La stratégie des antilopes

Le 6 avril 1994, l'avion du président rwandais Juvenal Habyarimana est abattu au moment d'atterrir à Kigali, la capitale. Dans les heures qui suivent, les extrémistes Hutus de l'armée, de la garde présidentielle et des milices interahamwe éliminent les opposants Hutus dont le premier ministre Agathe Uwilingiyimana et enclenchent le mécanisme du génocide de la minorité Tutsie. Le génocide durera trois mois, impliquant étroitement la population Hutue dans les tueries de masse. Il fera environ 800 000 morts et s'achève lorsque le FPR (Front Patriotique Rwandais) composé de rebelles Tutsis venus de l'extérieur obtient la victoire militaire totale.

Jean Hatzfeld, journaliste, correspondant de guerre pour Libération, a couvert le Rwanda après les massacres. Ce sera pour lui un tournant décisif et il va consacrer désormais la plus grande part de son existence à étudier le génocide. Il va se focaliser sur le district de Nyamata, dans le sud. Là ont eu lieu deux massacres de masse dans les églises de la ville de Nyamata et à N'tarama dès le début, les 14 et 15 avril 1994. Ensuite, les cultivateurs Hutus, armés et encadrés par les miliciens, vont traquer les Tutsis dans les marais de papyrus au nord et dans la forêt de Kayumba. Traque méthodique et cruelle envers ceux qui étaient leurs voisins. Un génocide de proximité. Un mois plus tard, l'arrivée du FPR chasse les Hutus vers le Congo. Les soldats du FPR relèveront 50 000 cadavres et sauveront moins de 3000 rescapés.

« Je dis souvent qu'une guerre, c'est comme un fleuve qui déborde. Il inonde tout ce qu'il y a autour, c'est quand même une rivière qui coule. Un génocide, c'est quand la rivière s'assèche : il n'y a plus rien. Tant que je vivrai, je retournerai à Nyamata. Même si je sais que je ne comprendrai jamais." » (Le Monde, mars 2002 - Brigitte Salino)

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De ses nombreuses rencontres, Hatzfeld va tirer un premier livre, Dans le nu de la vie en 2001 (Éditions du Seuil), composé d'entretiens avec les rescapés des marais. En 2003, il interroge au pénitencier de Rimila une bande de tueurs dans Une saison de machettes (Éditions du Seuil), ouvrage impressionnant où l'auteur s'interroge simultanément sur ce livre qu'il est en train de faire. Le cycle se termine (provisoirement) l'an passé avec La stratégie des antilopes (toujours le Seuil).

Ce troisième ouvrage est à la fois plus complexe et plus déroutant que les deux précédents. Suite à la politique de réconciliation mise en place et imposée par le nouveau pouvoir du président Kagame (ex-chef du FPR), un certain nombre de tueurs ont été libérés en 2003. Il faut dire que la défaite des Hutus avait provoqué un exode de près de deux millions de personnes effrayées par les perspectives de vengeance puis ramenées manu miltari par le FPR. Ensuite, dans ce petit pays ravagé où tant de monde avait participé aux tueries, il a fallu de façon inédite concilier la reconstruction, la justice et la restauration d'une unité nationale. D'où cette situation étonnante des victimes rescapées et de leurs anciens bourreaux sommés de cohabiter à nouveau ensemble. Dans une communauté essentiellement paysanne comme celle de Nyamata, où c'est le voisin qui a découpé la famille de son voisin à la machette, l'idée qu'ils puissent se croiser au marché ou sur la route en se saluant poliment donne le vertige.

Jean Hatzfeld a donc retrouvé tant les rescapés du premier livre que les tueurs du second et les a interrogé sur cette situation, sur la façon dont ils la vivent, mais aussi sur l'image du génocide et sa mémoire près de quinze ans après les faits. Plus complexe, le livre passe d'une thématique à l'autre, d'un récit de survie dans la foret de Kayumba à des considérations sur les tribunaux coutumiers Gaçaça mis en place pour assurer l'exigence de justice ; de l'histoire incroyable du mariage entre Pio, le tueur, avec Josianne, la rescapée à la place de la religion et de Dieu. L'ouvrage livre aussi les interrogations de l'auteur sur son travail ainsi que ses comparaisons avec le génocide juif. Il montre également, et ce sont les plus beaux passages, la profondeur de la pensée des rescapés, leur détresse parfois mais aussi leur volonté de vivre. Hatzfeld leur laisse très souvent la parole et retranscrit sans doute avec beaucoup d'attention un français superbe aux expressions délicieuses et policées contrastant souvent avec la teneur tragique des propos. Il y a également quelques lignes admirables sur la beauté du pays, la beauté de l'Afrique. Et encore quelques lignes terribles sur les hommes, les africains comme les occidentaux. Un peu déroutant, cette construction en « bonds d'antilope » n'a pas la rectitude des deux précédents ouvrages. C'est plus un kaleidoscope ou un puzzle dont le lecteur comme, on le pressent, l'auteur, cherche à assembler les pièces pour lui donner un sens. Mais il n'y a pas plus de sens à Nyamata qu'a Auschwitz juste une réflexion sur l'humanité.

 

Les livres de Jean Hatzfeld

Photographie : Echecs 64

27.02.2008

Rions un peu

Heureusement que le rire console de pas mal de choses. Si notre omniprésident vous déprime ou vous irrite, vous pouvez vous détendre un moment avec la Chronique du règne de Nicolas Ier de Patrick Rambaud. Dédié, entre autres, à André Ribaud, cette chronique des premiers mois du sarkozysme triomphant se place dans la filiation du Régne et de la Cour qui épinglaient les années 60 de Mongénéral dans Le Canard Enchaîné (avec les dessins de Moissan). Ton de mémorialiste, français raffiné du XVIIeme, ironie mordante, précision des portraits, Patrick Rambaud déploie avec talent toute la panoplie.

« C’est une chronique des six premiers mois du règne de Sarkozy, que j’ai voulue distante, vieillotte, quelque chose dans le genre de Saint-Simon. Les titres que vous avez évoqués sont un des moyens de créer cette distance. Je voulais pouvoir dire un maximum de choses sur le ton le plus léger possible. Quand Sarkozy a gagné l’élection, j’étais assez abattu, je n’avais pas le moral. Et puis un jour, chez Grasset, j’ai dit : « Il y a une chose que je pourrais faire, qui serait peut-être drôle, c’est ce que faisait André Ribaud au Canard enchaînédans les années 60, sur de Gaulle: “La Cour”. » (source : Leosheer)

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Comme quoi mon premier paragraphe est bien informé. Sans doute très au fait du petit monde parisien, Patrick Rambaud a tenu une comptabilité attentive des faits et des gestes de chacun. Son volume permet déjà de prendre un peu de recul sur une succession d'évènements menés tambour battants et dont le rythme imposé cherchait, et cherche encore, à neutraliser la temps de la réflexion. Nous retrouvons donc, en compagnie de la baronne d'Ati, du chevalier de Guaino, de la marquise de La Garde et autre duc de Sablé, les grands moments de notre Merveilleux Leader. L'élection, les vacances aux États Unis, le feuilleton avec l'Impératrice, la réforme judiciaire, la réforme des retraites des régimes spéciaux et les grèves de l'automne, le débauchage de l'ouverture. Tout y est, rien ne manque. Rien sauf Carla, mais notre Sentimental Leader est si rapide. Ce sera pour un second tome, une chronique supplémentaire a déjà été publiée sur le Nouvel Observateur. Et l'on en rit. Ce n'est pas de la grande littérature mais du bon boulot, ça se lit vite et ça fait du bien.

Le livre sur La boutique

05.02.2008

Nuit et brouillard

Jamais je n'oublierai cette nuit, la première nuit dans le camp, qui a fait de ma vie une longue nuit, sept fois maudite et sept fois scellée. Jamais je n'oublierai cette fumée. Jamais je n'oublierai les petits visages des enfants, dont je vis les petits corps se changer en rubans de fumée sous un ciel bleu silencieux.
Jamais je n'oublierai ces flammes qui ont consumé ma foi pour toujours.
Jamais je n'oublierai ce silence nocturne qui m'a privé, pour toute l'éternité, du désir de vivre. Jamais je n'oublierai ces moments qui assassinèrent Dieu et mon âme et réduirent mes rêves en cendres. Jamais je n'oublierai ces choses, quand bien même je serais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu Lui-même. Jamais.

La nuit – Elie Wiesel

Éditions de Minuit

28.12.2007

Les aventures d'un branleur

J'ai découvert l'univers de Joe Matt avec son premier album Peep-Show paru en 2001. Il est de retour avec un nouvel opus au titre éloquent : Épuisé. Étalé sur son lit, le corps enfoncé de dos dans un matelas, notre héros git comme une loque au milieu de mouchoirs en papier froissés. L'aventure commence.

J'avais craint que ce genre de récits dessinés nourris à l'autobiographie et aux expériences personnelles de devienne aussi lassant que ce qu'ils sont trop souvent au cinéma, mais non. De Marjane Satrapi (Persépolis) à Nicolas Wild (Kaboul disco), de Manu Larcenet (Le combat ordinaire) à Harvey Pekar (American Splendor), de Chester Brown (Le playboy) à l'illustre Art Spiegelman (Maus), je suis passé avec ravissement d'un univers à l'autre. Peut être suis-je toujours bien tombé, mais je me suis passionné pour toutes ces histoires et les tiens pour le meilleur de la bande dessinée actuelle, à quelques exceptions près.

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Joe Matt est un admirateur de Robert Crumb et se glisse dans les pas de son modèle. Son autoportrait, (jusqu'à quel point ?) est impitoyable, d'une précision d'entomologiste et d'un humour cru à point. Dessinateur, Joe est en proie à de nombreuses manies obsessionnelles. Il peut devenir fou face à des situations très ordinaires, folie qui transforme les souris en montagnes infranchissables. Ainsi il prend l'habitude de faire pipi dans un bocal plutôt que d'utiliser les toilettes communes de l'immeuble où il habite, tellement il est angoissé de croiser ses voisins. Bien sûr, le bocal finit par lui poser des problèmes. Collectionneur maniaque, il cherche à vendre certaines de ses pièces les plus chères pour le regretter aussitôt l'affaire conclue. En passant, je dois à Joe Matt la découverte du travail de Franck King (Lien). Joe a un but dans la vie : arriver à vivre de ses rentes. Il attend que les intérêts de son maigre capital soient suffisants pour lui assurer sa subsistance. Il se prive donc de tout avec de savants raisonnements qui font se bidonner, parfois se mettre en colère, ses amis Chester et Seth. Joe est le champion des radins.

 

Le pire, le meilleur pour le lecteur, c'est sa vie sexuelle. Avec une cruauté hilarante, Joe Matt nous dévoile une personnalité d'obsédé sexuel haut de gamme. Ses fantasmes, son sale caractère et sa timidité maladive lui avaient déjà fait perdre sa petite amie Trish. Dans Épuisé c'est le porno qui a pris toute la place dans sa vie. Bien qu'il se lamente de l'absence d'une compagne, Joe passe son temps à compiler des vidéo sur d'improbables durées, usant ses nuits en plaisirs solitaires, culpabilisant de ne plus pouvoir travailler, fébrile, pitoyable et touchant pourtant. Je ne saurais trop vous conseiller de faire la connaissance de Joe.

 

L'album Épuisé

Joe Matt sur Myspace

La page de Joe Matt sur Drawn and Quarterly

Une critique sur Benzine

Joe Matt, portrait de l'artiste en branleur sur Fluctuat

Une belle case

 

21.12.2007

René Goscinny dans le texte

«La honte de rire vient de la crainte d'être surpris en état de moindre défense.»

«J'ai la faiblesse de penser qu'en général, la méchanceté n'est pas une preuve d'intelligence.»
«Quand vous êtes très jeune, l’humour est une défense. Par la suite, il peut devenir une arme.»
«A vaincre sans péril, on évite des ennuis !»

« Je ne suis pas moraliste, je ne donne pas de leçons, je n'ai jamais pu me prendre au sérieux, et j'aime faire rire.»
« Qu'achèteriez-vous si vous deveniez très riche ? — J'ai acheté un appartement. »

" Il n'y a pas de définition de l'humour. Un grand humoriste anglais a dit un jour que l’humour le faisait penser à une grenouille : quand on ouvre la grenouille, on sait comment elle fonctionne, mais elle ne vit plus "

le site officiel

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